Le jeu du chat
Qui a inventé le "jeu du chat"?
Moi.
Ma soeur, une maie et moi jouions souvent, l'après-midi, chez l'une ou l'autre, au jeu du chat.
L'une d'entre nous se désignait pour jouer la dindonne de la farce. En ne me dévouant pas à chaque fois, je pensais camoufler mes visées masturbatoires.
La victime s'allongeait sur un lit et faisait semblant de dormir.
Les deux autres entraient sans bruit dans la chambre et, tout doucement, lui enlevaient sa culotte. L'allongée devait prétendre être un tout petit peu réveillée pour que les intruses puissent lui murmurer "c'est rien, c'est le chat, rendors-toi".
Il fallait également que l'endormie facilite le déculottage, en bougeant légèrement, soulevant à peine son bassin, mais toujours les yeux fermés comme si elle avait seulement un sommeil agité.

Ensuite, la couchée se réveillait et retrouvait ses copines devant une prétendue table de maquillage, la deuxième phase du jeu étant censée se dérouler dans une loge de danseuse.
Pendant les préparatifs du spectacle, c'était à qui ferait les allusions les plus fines à propos de son sommeil particulièrement lourd, ou de rêves étranges.
Enfin, on entrait en scène et c'était la danse, toutes jupes soulevées, par les tours ou des mains artistes s'il le fallait. Et c'étaient des rires, des exaltations de surprise teintées de honte devant ce ridicule imprévu.
La demi-dénudée, n'était pas forcement celle qui riait le moins.
Personnellement, c'est la phase une qui me donnait le plus de satisfaction. Je ne sais pas ce qu'en pesaient mes petites complices plus jeunes que moi respectivement de un et trois ans.
Je n'en ai jamais reparlé avec elles.
Ce petit scénario est à rapprocher d'une autre des mes initiatives d'enfance. Un soir de Noël, il faisait froid dans le petit appartement de ma grand-mère. Ma mère était là et aussi ma tante, avec son fils, et personne d'autre.
Un Noël un peu triste alors, pas d'hommes pour toutes ces femmes. Sauf mon petit cousin, quatre ans de moins, pour mon bon plaisir si m'en venait l'envie. Je me souviens de moi, à moitié allongée, une couverture de la taille aux jambes, que faisait mon cousin là-dessous? Je lui demandais tout simplement de glisser ses doigts entre mes jambes et de les remuer le plus qu'il le pouvait. Il n'était pas très habile et j'avais l'impression qu'il ne comprenait absolument pas de quoi je voulais parler. Il a pourtant obéi à ma requête avec toute la discrétion dont il était capable et jusqu'à ce que je lui ordonne d'arrêter. J'avais beau être prise par ce petit manège caché, je n'ai pas manqué le regard maternel qui commençait à s'inquiéter de notre immobilité apparente.
Je n'étais pas audacieuse, juste énervée et pas certaine de l'illégitimité de mes agissements. Peut-être tentais-je parfois, en ne me cachant pas tout à fait, d'avoir un avis extérieur sur cette question. Je n'avais pas de nom pour cette activité, je sentais simplement qu'elle n'était pas véritablement sociale, pas vraiment souhaitée, peut-être interdite.
Le rouge qui montait à mes joues brûlait d'une culpabilité que je ne savais pas démêler du plaisir.
Les départagerai-je jamais?
in Plaisir d'offrir, joie de recevoir; A. Rozen